Pâques : chemin d’une humanité renouvelée
Depuis deux mille ans, des millions de personnes, de toutes nations, races, peuples, langues et religions vont en pèlerinage en Terre Sainte (Israël et Palestine). Là, Jésus a vécu en faisant le bien, reconnu comme un homme bon, tendre et miséricordieux. Les récits de guérisons et de libérations de ces maux qui ruinent les cœurs, les âmes et les corps montrent sa lutte contre le mal qui blesse les humains de génération en génération. Tout humain sensible au destin de ses frères et sœurs en humanité en mal de vie, d’amour, de confiance, de paix, sait reconnaître en Jésus un homme exceptionnel et un modèle d’humanité.
Beaucoup, hantés par le sens de leur vie et du destin du monde, vont plus loin en reconnaissant en cet homme un grand prophète. Car Jésus a mis à jour au cœur de notre humanité de profondes aspirations au bonheur et a tracé des chemins pour les assouvir. Aux personnes capables d’ouverture de cœur, de douceur, de miséricorde, de partage des peines et de soif de justice, il confirme qu’elles sont sur le vrai chemin d’une humanité renouvelée et il les incite au courage et à la confiance. Debout! Allez-y! Les fruits seront bons pour les humains.
J’y suis allé en pèlerinage au début de mars. J’ai voulu y marcher sur les pas de Jésus, voir ces paysages qui furent les siens, entendre là ses Paroles, les récits de sa vie et de ses œuvres. Mon objectif était de mieux saisir, dans ma foi chrétienne, les abîmes de l’amour de Dieu pour nous. Jésus, le Fils de Dieu fait chair, a partagé notre destin pour faire de nous une humanité renouvelée par cet amour divin fidèle, généreux, tendre et miséricordieux.
Mais quel scandale que la fin de sa vie! N’est-ce pas là l’échec lamentable d’un beau rêve? Jésus est peu à peu abandonné par les foules qui appréciaient ses miracles mais sont déçues de son refus d’être leur chef politique et militaire. Ses proches, qui vivent avec lui depuis près de trois ans, ne le comprennent pas. À la dernière minute, un des leurs le trahit, les autres l’abandonnent, leur chef le renie.
Et il y a cette agonie au jardin de Gethsémani. Lui qui s’était montré toujours fort en paroles et en actes, toujours capable de déjouer tous les pièges, le voilà comme écrasé par son destin. Il expérimente la faiblesse de sa propre chair, connaît l’angoisse d’être abandonné et de devoir affronter seul une mort atroce. Semble s’être coalisée contre lui toute la malice de l’humanité : lâcheté, peur, jalousie, indifférence, trahison, cynisme, totale solitude, injuste condamnation d’un innocent.
Pourtant, au cœur de cet échec, il reste lui-même. Sorti de l’angoisse par une intense prière, c’est un homme pacifié qui consent à ce qu’il perçoit être le chemin déroutant voulu par Dieu pour nous dire les extrêmes de son amour. Il prie pour ceux qui le condamnent : « Père, pardonne-leur… ». Il s’en remet avec confiance et abandon à Dieu dont il se sait aimé : « Père, entre tes mains je remets ma vie ». Le centurion, un païen qui a vu bien d’autres condamnés désespérés en croix, est bouleversé devant une telle mort : « C’est vraiment le Fils de Dieu ». Et, comme tout être humain, Jésus retourne à la terre. Il est mis au tombeau.
Mais trois jours plus tard, le tombeau est trouvé vide. Ses amis le revoient vivant, mais d’une vie sur laquelle la mort n’a plus de prise. Ce qui veut dire que même ce mur absolu qu’est la mort, où se heurtent nos rêves et nos projets, est vaincu. Et le message porté par ses paroles, sa vie, sa mort, devient clair pour celles et ceux qui croient en lui. Dieu nous aime à ce point. Il n’a pas voulu rester loin de nous. Il est venu partager notre malheureux destin humain et notre mal de vivre afin de nous y soutenir par son amour fidèle et miséricordieux.
C'est ce que je veux célébrer en cette Sainte Semaine. Pour nous, croyants en la divinité de Jésus, cette semaine est le sommet religieux de l’année. Certes, les lapins, les fleurs et le printemps peuvent évoquer, comme de lointains et bien pâles symboles, le mystère de cette fête. Mais il y a plus et mieux : plonger dans ce mystère d’amour à accueillir et à vivre pour expérimenter cet amour divin pour tout être humain et le prolonger dans nos choix de vie.
Sainte semaine! Bon jour de Pâques. Et bon printemps, puisqu’il viendra bien après cet hiver si enneigé.
†Roger Ébacher
Archevêque de Gatineau
18 mars 2008