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Hull, le 3 juillet 2003

Aux personnes laïques mandatées dans le diocèse de Gatineau-Hull

Soeurs et frères dans le Christ Jésus,

Occasion de ce message: notre jubilé diocésain.

Dans la lumière et la chaleur de la Pentecôte, je vous envoie cette brève réflexion afin de vous inviter à entrer dans la joie de notre diocèse qui célèbre ses 40 ans d’existence. Je sais qu’ici et là, dans différentes communautés, vous aurez l’occasion de marquer par quelques célébrations cet événement. Mais je pense que c’est aussi un temps où l’Esprit nous invite à un moment d’intériorité, d’entrée dans notre propre mystère de membres vivants du Christ Vivant, de par l’Esprit de Dieu, qui nous a fait renaître à notre baptême et nous a oints lors de la confirmation.

Je veux aussi vous remercier, à l’occasion de ce jubilé, pour ce que vous êtes et pour ce que vous faites dans notre Église. Par divers chemins et en réponse à des appels qui se sont fait entendre par diverses voies, vous avez accepté de mettre vos talents et votre coeur au service de notre Église d’une façon particulière. En vous engageant dans le service au nom d’un mandat reçu de l’évêque, vous consentez à coopérer à l’exercice de la charge pastorale dans vos divers lieux d’insertion. Vous y ouvrez des chemins neufs, souvent dans les hésitations, les tâtonnements, les incompréhensions de toutes sortes et de diverses sources. Vous tenez courageusement dans l’espérance et dans le service. Je vous en remercie de tout coeur.

Thème du message: des personnes baptisées-confirmées envoyées pour que notre Église vive sa mission.

L’injonction de l’auteur de la lettre à Timothée à son jeune disciple vaut pour nous tous : "Souviens-toi de Jésus-Christ ressuscité d’entre les morts, issu de la race de David" (2 Tim 2,8). En ce début du nouveau millénaire, nous sommes tous et toutes, comme membres de notre Église, devant le défi de donner un nouvel élan à notre engagement apostolique dans le monde d’ici au nom de l’Évangile. Jésus nous a dit : "Vous allez recevoir une force, celle de l'Esprit Saint qui descendra sur vous. Vous serez alors mes témoins" (Actes 1,8). "Vous serez mes témoins"! Notre identité profonde et notre mission consiste à être des témoins de Jésus le Ressuscité, le Vivant, tel que manifesté à nous dans les Évangiles que nous ont transmis les Apôtres. Pour cela, il nous faut sans cesse mieux connaître Jésus-Christ, non pas d’une manière abstraite, mais vivante, du dedans de notre coeur. Nous avons à entretenir une "mémoire vive" de Jésus-Christ.

Le coeur de notre foi en Jésus Christ implique une adhésion amoureuse, loyale et effective à Jésus-Christ. C’est ce que chaque baptisé, chaque confirmé s’engage à vivre en renouvelant à chaque nuit pascale ses promesses baptismales. Nous ne pouvons être témoins de Jésus-Christ qu’en le "connaissant" au sens biblique du terme, je veux dire en étant en communion intime de coeur, de vie, de pensée et d’action avec lui. Le témoin doit d’abord être capable de dire avec saint Paul : "Ce n’est plus moi qui vis, mais le Christ qui vit en moi. Ma vie présente dans la chair, je la vis dans la foi au Fils de Dieu qui m’a aimé et s’est livré pour moi" (Galates 2,21).

L’Esprit-Saint de notre baptême et de notre confirmation.

Je me laisse guider dans ma réflexion par une parole de Jésus : "Lorsque viendra le Paraclet, que je vous enverrai d'auprès du Père, l'Esprit de vérité, qui vient du Père, il me rendra témoignage. Et vous aussi, vous témoignerez" (Jean 15,26). L’Esprit-Saint est dans nos coeurs la mémoire vivante et active de Jésus, de sa vie, ses gestes, ses paroles, sa mort et sa résurrection. L’Esprit témoigne dans nos coeurs que Jésus est vraiment fils de Marie et Fils de Dieu. L’Esprit témoigne dans nos coeurs que Jésus est le Chemin, la Vérité et la Vie. L’Esprit témoigne dans nos coeurs que la mort de Jésus n’est pas un échec, un scandale, une folie, mais bien le chemin étonnant que Dieu a voulu pour nous dire les excès de sa passion, de son amour pour les humains. Et l’Esprit agit ainsi en nous, dans nos groupes, dans notre communauté, pour qu’à notre tour nous devenions témoins crédibles de Jésus. C’est la raison d’être de l’Église. C’est notre mission reçue du baptême et de la confirmation.

Je suis ému chaque fois, durant les célébrations de la confirmation, au moment où je reprends la prière de l’Église qui demande au Père l’Esprit pour celles et ceux qui seront confirmés. L’Église demande que sur eux repose l’Esprit même qui reposait sur Jésus. Nous demandons à Dieu pour le nouveau baptisé, le nouveau confirmé, le même Esprit qui a conçu Jésus dans le sein de Marie, qui est descendu sur lui à son baptême, qui l’a poussé au désert pour qu’il fasse ses choix fondamentaux de vie, puis aussi poussé dans la foule cosmopolite de Capharnaüm pour qu’il y proclame la Bonne Nouvelle par des actes de bonté et de miséricorde et par les grandes paraboles qui affirment les dimensions infinies de la tendre miséricorde de Dieu. Il s’agit du même Esprit qui, lors de la Transfiguration, révèle à Jésus et à ses disciples la passion comme une pâques, un passage vers la vie. Nous demandons le même Esprit qui a guidé Jésus durant toute sa vie, durant sa passion et sur la croix, qui l’a préservé aussi bien du désespoir que de la présomption, et qui l’a ressuscité d’entre les morts. Cela veut dire que l’Esprit, qui a fait de Jésus le Fils aimant le Père et le frère aimant les humains, tend à faire les mêmes oeuvres en nous. Jésus a même promis qu’il en ferait encore de plus grandes! Telle est notre vocation, notre mission de personnes baptisées-confirmées!

Il ne faut pas hésiter à longuement regarder Jésus dans les Évangiles, à entretenir une mémoire très vive de lui. Nous verrons comment l’Esprit anime ses longues nuits d’adoration du Père dans la confiance et l’abandon, le rendant même capable dans les affres de l’agonie de finir par prier : "Père, non pas ce que je veux mais ce que tu veux". Nous verrons comment l’Esprit arrache de vives émotions de ses entrailles devant la veuve de Naïm qui va enterrer son fils unique; devant la foule abandonnée et affamée comme des brebis sans berger; devant le lépreux méprisé et repoussé avec cruauté. Nous verrons comment l’Esprit devient dans le coeur de Jésus tendresse compatissante en accueillant la Samaritaine au puits de Jacob; comment il devient en Jésus attitude de grande et douce patience devant ce Nicodème peureux qui vient le voir de nuit; comment ce même Esprit devient tendre amitié et pardon extrême en Jésus devant ses disciples à l’esprit obstiné et fermé, que ce soit Judas le traître ou Pierre le misérable négateur de son amitié devant une servante du Grand Prêtre. Et c’est ce même Esprit que nous avons reçu à notre baptême et à notre confirmation, afin qu’il arrache de nos pauvres coeurs de pierre ces mêmes oeuvres!

Et alors, je nous invite à une grande attention à ce qui se passe en nous, dans nos "tripes spirituelles". L’histoire du Salut me montre que c’est dans et par ces oeuvres de l’Esprit au coeur de celles et ceux qu’il a créés à son image et ressemblance et recréés à l’image de son Fils, que Dieu se fait connaître et se dit au monde. C’est dans nos coeurs que sa fidélité, sa bonté, sa miséricorde, sa patience, sa passion douloureuse et brûlante pour le monde deviennent accessibles pour nous et pour le monde.

J’aime toujours revenir à cette page où Thérèse de l’Enfant-Jésus et de la Sainte-Face, dans son Autobiographie, décrit les deux dernières années de sa vie. Elle y vit comme l’entrée et l’enfermement dans un tunnel, où tout est ténèbres épaisses et où rien ne débouche sur un avenir de lumière ou de bonheur. Elle y expérimente à la fois l’angoisse des personnes qui ne croient pas en un Dieu de miséricorde ni à la vie éternelle, mais aussi l’immense souffrance de Dieu devant ces humains. Son tourment pour les criminels et les incroyants lui fait connaître quelque chose de la passion de Dieu lui-même pour ses créatures tendrement aimées et sauvées par son Fils. Et ainsi elle devient le témoin qui a marqué le plus le 20ième siècle, lui révélant, par-delà toutes sortes de durcissements doctrinaux et pastoraux, l’immense miséricorde de Dieu. N’ose-t-elle pas, au coeur de ses souffrances, écrire en tête de son "histoire d’une âme" : "Les miséricordes de Dieu, je les chanterai sans fin"?

Il me semble que ces rappels nous permettent de scruter dans le silence de la foi ce que l’Esprit réalise ou actualise en nous, membres vivants du Christ Vivant. Les Écritures nous permettent d’identifier ces "oeuvres de l’Esprit" et ainsi d’être témoins de Jésus. Être un témoin de Jésus, c’est collaborer de tout notre être avec l’Esprit de notre baptême et de notre confirmation, qui veut ouvrir notre coeur aux horizons même du coeur de Jésus. Être un témoin de Jésus, c’est offrir à notre monde d’aujourd’hui, d’une façon crédible pour lui, ce feu que Jésus est venu jeter sur la terre afin que les humains vivent et vivent en abondance, voir ce feu à l’oeuvre dans la création, dans les joies et les souffrances, les oeuvres et les recherches des gens d’ici, le leur révéler et les entraîner dans une grande espérance. Être témoin de Jésus, c’est réveiller, exciter dans les personnes sur notre route le désir de Jésus Christ et de l’Évangile, en qui elles sauront connaître un trésor précieux, une Bonne Nouvelle.

L’Esprit-Saint de notre ministère en Église.

De par le mandat reçu dans notre Église pour son service, vous êtes appelés, tout en approfondissant et actualisant sans cesse la mission reçue par votre baptême et votre confirmation, à collaborer d’une façon particulière à l’exercice de la charge pastorale et missionnaire confiée par Jésus lorsqu’il a dit : "Faites des disciples".

Encore là, il faudrait longuement regarder comment l’Esprit a fait de Jésus le "bon pasteur qui donne sa vie pour ses brebis". Je ne fais qu’indiquer quelques chemins possibles de réflexion, d’échanges, de recherches.1

Poussé par l’Esprit et après une nuit de dialogue filial avec Dieu, Jésus a appelé autour de lui des personnes pour être avec lui dans la tâche apostolique. C’est là un chemin voulu encore aujourd’hui par ce même Esprit du Père. Et je compte sur vous pour sans cesse demander les lumières de l’Esprit, discerner dans la communauté où vous oeuvrez les divers charismes et talents qui y sont semés par Dieu, les révéler aux personnes qui les portent et les appeler, tout en les soutenant dans leur cheminement. Souvent ces personnes ont besoin d’être révélées à elles-mêmes, d’être soutenues, rassurées, accompagnées. Avec les prêtres qui sont en service pastoral dans les diverses communautés, vous êtes appelés par l’Esprit à vivre ce travail de discernement, de proximité et de soutien. Et vous avez le don de l’Esprit même de Jésus pour vous y pousser.

De même, Jésus a prié pour les personnes que le Père lui a confiées afin qu’il les forme à la mission et les entraîne à sa suite. C’est aussi habité et mu par ce même Esprit que Jésus les a défendues, consolées, encouragées. Il dit à Pierre : "J’ai prié pour toi afin que ta foi ne défaille pas..." Dans un ultime et dramatique appel, il dit à Judas qui vient le livrer : "Mon ami..." Il regarde avec tendresse et miséricorde Pierre qui vient de le trahir. Surtout, il les rassemble après le désastre de la croix, il les arrache de la peur et du défaitisme, il les assure de sa fidélité et de sa confiance sans bornes envers eux. Et avec une audace qui nous déconcerte et une confiance qui nous déroute, il leur confie ce qu’il a de plus précieux : "ses brebis"! L’Esprit vous appelle à vivre cette oeuvre de construction d’un noyau de communauté missionnaire là où vous êtes.

Il serait bon de regarder aussi comment Jésus, poussé par l’Esprit, a éduqué ses collaborateurs à se situer comme Dieu le veut devant toute souffrance, toute misère, aussi bien celle de la pécheresse qu’on va lapider que celle de ce père dont la petite fille est à l’article de la mort, que celle encore de tous ces malheureux écrasés par les systèmes politiques, économiques et même religieux de l’époque. Il leur enseigne la bonté, la compassion, l’ouverture de coeur. Il leur inculque l’habitude de s’abandonner au Père et de lui faire confiance, car il ne les abandonnera jamais. Je vous laisse suivre ces chemins, en vous rappelant que le même Esprit est à l’oeuvre en vous.

Conclusion.

Bien d’autres sujets mériteraient qu’on s’y arrête pour marquer notre jubilé diocésain. Je me réjouis que déjà un comité réfléchisse sur la question des relations de partenariat entre laïques et prêtres dans notre Église. C’est là une question qu’il ne faut pas négliger, et je suis convaincu que c’est encore l’Esprit même de Jésus qui nous y pousse. Et je souhaite de tout coeur qu’au plan local on définisse des façons de faire qui soient toujours respectueuses des personnes et de leur dignité inaliénable, dans la diversité de leurs charismes et de leur vocation.

En ce quarantième anniversaire de notre diocèse, c’est avec joie et confiance que je vous offre cette réflexion sur notre témoignage en Église pour la joie du Père et pour la joie du monde. Je souhaite que par cet humble partage l’Esprit qui a inspiré et guidé Jésus transforme sans cesse le regard de vos coeurs. Ainsi vous contemplerez le Dieu Créateur et Père de Jésus sans cesse à l’oeuvre par son Esprit dans le monde, "renouvelant la face de la terre". Et puissiez-vous trouver votre joie à collaborer dans l’humilité, la douceur et la confiance à cette oeuvre divine.

Que Marie Mère de l’Église, en ce jubilé de notre Église, veille sur notre courage, notre espérance, notre audace. Qu’elle murmure en vos coeurs le merci de reconnaissance de Dieu à votre égard.

Votre frère évêque,

†Roger Ébacher

1 Si vous désirez approfondir cette idée, je vous suggère le beau livre du Cardinal Martini, L'Évangélisateur en saint Luc, Médiaspaul. Avec toute sa connaisance exégétique et sa dextérité pastorale, l’auteur y montre comment Jésus a formé des évangélisateurs.

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