Frères et sœurs en Église,
« Que la grâce et la paix vous soient données, de la part de Jésus Christ, le témoin fidèle, le premier-né d’entre les morts, le souverain des rois de la terre », Lui qui nous aime au point d’avoir versé son sang pour nous.
Cette rencontre annuelle de la messe chrismale est un moment annuel important de notre vie ecclésiale. Nous sommes rassemblés ici par Jésus ressuscité, qui est notre Chef, notre pasteur, notre guide. Cette eucharistie veut lui dire notre confiance, notre adoration cordiale, notre accueil fervent de ses dons, en particulier des sacrements.
The Chrism Mass has also a practical side. It is during this celebration that is carried out the consecration and the blessing of the oils that will be used throughout the year in the communities to illustrate the signs through which Jesus continues to give birth to his people in baptism, to fortify his people in confirmation, to console his people in the Anointing of the Sick, to give his people ministers, deacons and priests at its service.
Les textes bibliques retenus nous disent le sens de cette célébration et réchauffent notre cœur. D’année en année, nous y puisons de nouvelles lumières. Je suis particulièrement touché cette année de voir Jésus puiser dans les Écritures pour nommer la source même de son ministère. « L’Esprit du Seigneur est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction, il m’a envoyé… » Jésus identifie l’Esprit-Saint comme l’énergie, la puissance, la lumière qui le pousse à aller annoncer la Bonne nouvelle aux pauvres, à poser des gestes de libération et de miséricorde, à proclamer à tous les bienfaits de la miséricorde tendre et amoureuse de Dieu pour nous. Partout il passe en faisant du bien, en manifestant jusqu’à quel point Dieu aime avec fidélité notre monde.
Je reviens d’un pèlerinage en Terre Sainte. Nous sommes allés au Jourdain, où Jésus après son baptême expérimente en son cœur l’Esprit-Saint qui lui fait entendre la parole du Père : « Tu es mon Fils bien-aimé, tu as toute ma faveur ». C’est cet amour unique du Père pour lui, cet amour qui est l’Esprit-Saint même, qui le pousse avec véhémence à entreprendre son ministère. Puis nous avons suivi Jésus sur les lieux où il a libéré des malheureux enchaînés par des forces obscures et des démons ; où il a redonné la vue aux aveugles, fait marcher les boiteux, fait entendre les sourds ; où il a proclamé la Bonne nouvelle du tendre et généreux amour de Dieu pour les humains, pour nous tous.
En tous ces lieux, et cela jusqu’à la croix, Jésus a montré, non seulement par ses paroles, mais surtout par ses gestes que Dieu veut être avec nous ; que Dieu nous aime vraiment ; que son alliance en est une de compromission sans limites avec nous et notre malheureux destin. En allant ainsi de place en place, montait de plus en plus dans mon cœur cette certitude : voilà bien le chemin qui doit être le nôtre ! Notre mission essentielle est d’offrir à tous cette bonne nouvelle que nous n’aurions jamais pu inventer, mais que nous devons vivre et proclamer : l’amour fou de tendresse, de compassion, de fidélité et de miséricorde de Dieu pour nous ! C’est ce que l’Esprit qui est Amour veut, par son Souffle déroutant, nous pousser à témoigner au monde. « Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais ait la vie éternelle. Car Dieu n'a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui. » (Jean 3, 16-17).
À Jérusalem, nous avons longuement prié devant des plaques reproduisant le « Notre Père » en une centaine de langues. Là, j’ai encore mieux saisi que finalement l’appel évangélique fondamental est celui d’oser croire en cet amour de Dieu pour nous, pour moi, pour tous les humains ; d’oser lui faire effectivement confiance dans toutes les situations de notre vie et de notre ministère. J’ai compris comme jamais auparavant que tout ce que Jésus demande pour révéler de mille façons et mettre en action la grande tendresse de Dieu pour les humains, c’est que nous croyions en Lui. Tant de textes évangéliques nous le rappellent sans cesse. Mais osons-nous vraiment être sûrs que Dieu nous aime, donc que nous pouvons totalement nous fier à lui ? Voilà la question qui plante au cœur de nos cheminements le critère essentiel de discernement de ce que nous sommes en vérité et de qu’est notre ministère en cette Église.
The Bible tells us that the fundamental sin, the sin of the origin and that which still haunts the human heart, is the doubt we have of God. Adam and Eve did not believe in this love of God for them. In the desert, the people seemingly, dying of thirst, did not dare to believe in this love. And the Church constantly refers us to a psalm that every day leads us to recognize in deed and in truth that God is a father wholly maternal and a mother wholly paternal to us all, as claimed by s. Francis of Sales.
La plainte sans cesse répétée de Jésus envers ses disciples est bien : « Mais vous ne croyez pas encore ! » N’a-t-il pas la même plainte envers nous ? Sommes-nous vraiment un peuple de croyants, capables de témoigner par notre vie de l'immense tendresse de Dieu pour notre monde ? Connaissons-nous cette tendresse divine ?
Comme vous le savez, nous vivons des temps cruciaux pour l’avenir de notre Église. Il est urgent de témoigner de cette tendresse de Dieu aux jeunes générations. C’est le sens de l’initiation à la vie chrétienne mais aussi de la pastorale jeunesse, que nous sommes appelés à mettre en action avec dynamisme dans chacune de nos paroisses et aussi dans tous les mouvements apostoliques. Mais ce témoignage doit aussi rejoindre toutes les générations : les jeunes familles, les adultes, les personnes âgées et malades. Voilà notre chantier.
And that is to clearly indicate that the Spirit is working with us on this work site that tonight we are here together for the blessings and the consecration of these oils. Jesus has wanted them to be the materials that bear the Spirit, so that his anointing may be the strength in our lives and in our Christian ministry.
Ouvrons sans peur nos cœurs, nos familles, nos paroisses à ce souffle mystérieux de l’Esprit. L’Esprit, « tu ne sais ni d’où il vient, ni où il va… » Alors, donnons-nous des espaces, des temps, des moments ensemble pour l’écouter. Où souffle-t-il ? Qui sont ses témoins chez nous ? A quoi nous fait-il rêver ? Que nous dit-il? Que me dit-il de moi?
Prenons bien conscience que toutes les mécaniques pastorales que nous pouvons mettre en place ne seront jamais que des voiles inertes, inefficaces par elles-mêmes, si le vent ne vient gonfler ces voiles pour mener le bateau au large. C’est lui, l’Esprit, qui peut faire de nos humbles initiatives de toutes sortes autant de moments de révélation de la tendresse de Dieu pour notre monde. La « nouvelle évangélisation » ne sera jamais uniquement le produit de nos plans et de nos efforts, mais le fruit inattendu, surprenant de nos humbles initiatives et du travail de l’Esprit au cœur du monde.
Our world, so powerful in its science and technology lacks a soul, friendship and affection. That is precisely what God, in Jesus, offers it. And is it not necessary that the offer of God's tenderness go through us to reach our world? Notre monde si puissant par sa science et ses techniques manque d’âme, d’amitié, de tendresse. C’est précisément ce que Dieu, en Jésus, lui offre. Et ne faut-il pas que cette offre de la tendresse de Dieu passe par nous pour atteindre notre monde?
J’aime en terminant à évoquer la visitation de Marie à Élisabeth. C’est poussée par l’Esprit qui l’a couverte de son ombre que Marie part en hâte vers la région montagneuse de Juda (et c’est vraiment montagneux aux abords de Jérusalem!). Sa simple salutation de la vielle cousine se cachant parce que honteuse d'être enceinte à son âge provoque une abondante effusion de l’Esprit. La vielle femme enceinte devient prophétesse et reconnaît en la jeune fille l’œuvre de la tendresse de Dieu : «Bénie es‑tu entre les femmes, et béni le fruit de ton sein! ». Et la jeune Marie exulte en chantant les miséricordes de Dieu qui rejoignent chaque génération pour que tout être humain découvre jusqu’à quel point il est aimé de Dieu.
Puisse l’Esprit nous faire de jour en jour découvrir que l’icône de la visitation nous révèle bien le chemin que l’Esprit nous demande de suivre en ces jours où tellement de personnes ne se savent pas tendrement chéries par Dieu. Que la croix de Jésus, en ce Vendredi Saint, nous révèle enfin son déroutant secret : elle est le lieu où Dieu est allé. jusqu’ à l’extrême de la folie de sa tendresse et de sa miséricorde pour nous.
Amen!
†Roger Ébacher
Archevêque de Gatineau
19 mars 2008